Mot de la rédaction par Rylan Graham PhD, UPC, MICU et Ezra Wasser UPC, MICU
Penser plus petit, voir grand
À mesure que nos collectivités évoluent, les urbanistes continueront de jouer un rôle central dans la définition de leur avenir, notamment en orientant la manière dont nous accueillons la croissance et le développement, ainsi que les lieux où nous le faisons. L’intensification est depuis longtemps saluée comme une alternative durable au développement périphérique de faible densité qui domine les modèles d’urbanisation depuis le XXe siècle. En orientant la croissance vers les quartiers établis, l’intensification offre une voie claire vers la création des collectivités complètes, compactes et connectées envisagées dans les documents de planification de partout au pays.
La mise en œuvre des buts, objectifs et politiques liés à l’intensification est toutefois complexe et comporte son lot de difficultés. Les voisins s’opposent souvent aux nouveaux logements intercalaires, les projets de réaménagement soulèvent de sérieuses questions de gentrification et de déplacement de populations, et les projets de réutilisation adaptative se heurtent fréquemment à des contraintes réglementaires et financières. Les arguments en faveur de l’intensification demeurent convaincants, mais la concrétisation de ses objectifs est rarement simple.
Les articles de ce numéro d’automne de Plan Canada examinent ces tensions sous différents angles et dans divers contextes, en considérant à la fois les possibilités qu’offre l’intensification et les défis liés à sa mise en œuvre.
Miller ouvre ce numéro par un bref survol des fondements du terme « intensification », puis décrit l’aménagement, sur des terrains vierges, de deux collectivités devenues des nœuds à usage mixte. Ces expériences montrent à la fois les possibilités et les limites de l’intensification planifiée.
Manhas et Chalmers évaluent l’efficacité des récentes mesures législatives adoptées en Colombie-Britannique pour favoriser la création d’un plus grand nombre de logements intercalaires multirésidentiels à petite échelle. Leur analyse rappelle utilement que la réforme de la réglementation ne constitue qu’une pièce du casse-tête.
Stubbs, Naklicki et Weatherburn présentent l’expérience de Toronto en matière d’intensification et soulignent l’importance d’outils qui vont au-delà de ce qui est légalement permis pour déterminer ce qui est financièrement viable.
Les articles attirent notre attention sur le potentiel que recèle déjà le tissu urbain. Wilson montre comment les données ouvertes peuvent aider les urbanistes à repérer les possibilités d’intensification, qu’il s’agisse de parcelles vacantes ou de stationnements sous-utilisés dans des secteurs propices à la marche.
Dans son article sur la réutilisation adaptative à Winnipeg, Kowalke montre comment des bâtiments existants peuvent être convertis à des fins résidentielles, aidant ainsi la collectivité à atteindre de nombreux objectifs, dont l’amélioration de l’accès au logement, la préservation des éléments patrimoniaux et la revitalisation des quartiers établis.
Ngalle approfondit la question des répercussions climatiques de l’intensification et soutient que la réutilisation adaptative ne doit pas seulement être considérée comme un outil de conservation des bâtiments patrimoniaux, mais aussi comme une stratégie essentielle face aux changements climatiques.
Alors que l’intensification gagne de nouveaux secteurs, Dunham invite les urbanistes à faire preuve de prudence, car les nouveaux aménagements à usage mixte risquent d’évincer d’importants terrains à vocation industrielle. L’article propose un cadre qui aide les urbanistes à déterminer dans quels cas la préservation des usages industriels constitue une meilleure option.
Les recherches de Lessard dans la région métropolitaine de Montréal révèlent la complexité des rapports entre les ambitions en matière d’urbanisme et les réalités du marché. Bien que les plans métropolitains mettent l’accent sur l’aménagement axé sur le transport en commun, les résultats montrent que la plupart des nouveaux immeubles résidentiels à logements multiples ont été construits sur des terrains vacants près des autoroutes et en périphérie urbaine. Ils soulignent l’importance de comprendre le comportement du marché et de concevoir des outils de planification qui permettent d’harmoniser ces forces avec des objectifs régionaux plus vastes.
Enfin, Calihoo et Rogers examinent les micromaisons comme une forme plus discrète d’intensification. Leur analyse de l’approche réglementaire émergente de la Nouvelle-Écosse montre comment le gouvernement provincial et les administrations locales peuvent créer les conditions propices à des formes d’habitation novatrices, tout en apportant aux collectivités, aux urbanistes et aux constructeurs la clarté dont ils ont besoin.
Ensemble, ces articles brossent un vaste portrait de l’intensification en explorant ses différentes formes, ses effets et ses enjeux dans des contextes de partout au pays. Ils offrent des perspectives importantes sur les possibilités et les défis que présentent aujourd’hui l’aménagement intercalaire, le réaménagement et la réutilisation adaptative, tout en nous invitant à revenir sur les discussions de longue date concernant la manière dont nous accueillons la croissance dans nos collectivités.
Comment lire ce numéro de Plan Canada
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